Beyrouth ou bon réveil à vous!

Texte de Lauren Houda Hussein

Mise en scène d'Ido Shaked

Musique de Hussam Aliwat 

Création Hors les murs au Théâtre Jean Vilar de Vitry

sur Seine le 22 mai 2021

 

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Dans le contexte de crise sanitaire que nous traversons, nous avons eu envie avec le Théâtre Jean Vilar de Vitry, de développer une petite forme, qui permettrait de jouer dans des espaces non dédiés au théâtre et d’ainsi garder le lien avec les publics et habitants de la ville.

Le projet Une Histoire du Proche-Orient subjective mais néanmoins valide... je pense

s’articule sur des épisodes de 45 minutes portés par une comédienne et un oudiste. Chaque épisode est dédié à une ville du Proche-Orient. Beyrouth, Jérusalem, Le Caire et Damas. En mêlant récit et musique live, comme un concert documentaire, nous cherchons à  dessiner une cartographie sensible du Proche-Orient, avec ses passions et ses tragédies, ses identités morcelées, ses espoirs et ses incroyables retournements de situation. Il y a dans cette cartographie musicale la chute de l’Empire Ottoman, Nasser, le canal de Suez, la guerre des six jours, les guerres du Liban et les accords d’Oslo… Un siècle de promesses non tenues, un

siècle de paradis perdus.

Notre dernier épisode dédié à Paris sera l’épisode de la musique des exilés, ceux-là mêmes branchés toute la journée sur la fréquence 94,3, Radio Orient. Comme une passerelle invisible les reliant à la terre de naissance.

Beyrouth ou bon réveil à vous! , qui verra le jour à Vitry le 12 avril 2021 est un récit arabo-mélancolique, intime et drôle qui a comme point de départ un concert de Fairouz prévu le 13 juillet 2006, un jour après le début de la deuxième guerre Israélo-libanaise.

“Sur la route qui longe la mer, du sud vers Beyrouth, la moustache de Mustapha tente de me rassurer. Il rassure ce qu’il pense être de la peur chez moi, mais qui en vrai, est un va et vient de pensées sur les probabilités militaires que tout cela s’arrête et que je puisse retrouver Fairuz dès le lendemain. Le paysage défile, il fait toujours trop beau sur la méditerranée pour une guerre. La météo pourrait s'accommoder d’une mission chirurgicale éclair mais sûrement pas de tant de morts à venir. Moi, sur la banquette arrière, pas de petit frère pour imiter les chanteuses arabes drama queen et les publicités de boucheries hallal de banlieues trop grises.

Moi, le visage tourné vers la mer qui ne voit pas l’ombre d’une perche pour une gymnastique voltigeuse au-dessus des flots. Des files de voitures, de mercedes, de bmw, de matelas sur le toit, de 8 personnes par véhicule, de fuites en avant, de fuites tout court. Moi et Fairuz dans le même bateau.

 

Où est elle? Elle doit être à Balbeeck en répétition. Qui l'a prévenu? Qui a écrasé son coeur à nouveau, elle qui sait depuis bien longtemps que le saut à la perche est une protection vaine?

Les embouteillages à n’en plus finir, le bruit des avions israéliens au-dessus de nos têtes. Ma culpabilité au-dessus de la mienne, de tête. Et si... et peut être que... voyons demain… ils se calmeront tous… Je ne voyais pas à ce moment-là plus loin que la cassette audio de mon enfance. Fairuz était donc humaine. Et c’était bien plus difficile à supporter que toutes ces morts futures.”

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