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« On est quoi, au fond ? Une bande ? Une tribu ? Une secte post-traumatique ? »

 

Cette phrase, lancée au beau milieu d’un dîner de Seder, la Pâque juive, qui déraille, pourrait résumer à elle seule le projet de La Tribu. Une question tendre, absurde, tragiqueet ironique, à l’image des familles qu’on se choisit. La Tribu raconte une nuit pas comme les autres. Une nuit où l’on ne mange pas que du pain azyme, mais où l’on avale aussi ses contradictions, ses héritages et ses terreurs. Une nuit où l’humour devient un rituel de survie.

 

« Bechol dor va dor hayav adam lirot et atzmo ke ilou hou yatsa mi Mitsraïm »

 (À chaque génération, chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Égypte.)

 

Annie et Cédric, couple parisien, elle dirige une association de défense des droits, lui est écrivain, organisent chaque année un Seder de Pessah avec leur cercle d’amis. Le repas s’ouvre dans le tumulte familier des verres qui s’entrechoquent, des gestes un peu maladroits et des chants approximatifs qui en font le charme. Comme chaque année vient ensuite leur jeu de “l’Égypte intérieure”, où chacun est invité à se demander de quoi il souhaite se libérer.

 

C’est à ce moment précis que Ruben, leur fils de 20 ans, annonce son départ imminent pour Israël, qu’il décrit comme son propre exode, et évoque la possibilité d’y accomplir son service militaire. Un silence traverse la table. Puis la tempête éclate et la soirée bascule. Le Seder se transforme alors en une longue veillée talmudique, un débat infini où la table devient une arène. Jusqu’à l’aube, les convives interrogent ensemble les thèmes du départ et du retour, du refuge et de la fuite. Faut-il rester ou partir ? Que signifie appartenir ? Les voix s’entremêlent. Les récits du passé ressurgissent. Les mythes familiaux se réécrivent. Le père convoque toute une lignée imaginaire de Juifs non conformistes, déserteurs, sceptiques ou rusés, qui auraient échappé de siècle en siècle à la propagande, à l’appel de la guerre et à la violence. Comme un Forrest Gump de l’histoire du judaïsme, il déroule un arbre généalogique approximatif où chaque ancêtre devient le miroir d’un choix moral.

 

Ce qui commence comme une comédie de salle à manger se transforme en une nuit de révélations, de rires et de vertiges. Sous le vernis festif se dévoile l’intime : amitiés abîmées, héritages politiques, nostalgies, désirs, blessures. Les personnages parlent fort, s’interrompent, rient, se fâchent. Derrière chaque éclat se devine une mémoire, une douleur ou une conviction. Annie et Cédric croient encore à la République. Ruben oscille entre mystique et désillusion. Noam, philosophe queer, franco-israélien, voit dans chaque rituel le signe d’une catastrophe possible. Sarah reste fidèle à une éthique de l’altérité. Myriam veille sur un judaïsme maghrébin souvent ignoré et Clément, compagnon de Noam,  étranger au groupe, pose naïvement les questions que les autres n’osent plus formuler.

Production Théâtre Majâz 

 

Coproduction:  Théâtre Dijon Bourgogne CDN, Théâtre de la Concorde Paris,  Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine, l’Azimut,  Le Bateau Feu Scène Nationale Dunkerque

 

Préachats: Le Théâtre du Rond-Point, Les Bords de Scènes - Grand-Orly Seine Bièvre, L’Onde Velisy-Villacoublay, Théâtre Joliette à Marseille, le Vivat à Armentières 

 

CÉDRIC

Tu sais… on peut être quelqu’un sans être nationaliste.

 

RUBEN

Non. On peut être quelqu’un quand on a un sol sous les pieds.Vous deux, vous flottez. Et vous m’avez élevé au-dessus du vide. 

 

CÉDRIC

Mais tu as un sol, une terre, tu es français après tout, c’est pas rien.

 

RUBEN

Tu sais très bien de quoi je parle, c’est pas pareil!

 

CÉDRIC (long soupir, mains levées comme un arbitre épuisé)

Bon. Très bien. Tu veux une terre ?

On va t’en trouver une. Tu veux t’enraciner quelque part ? OK. On peut commencer par le balcon.  On met un peu de terreau, une petite pancarte “République indépendante de Ruben”…  On déclare l’indépendance à minuit, on invite Le Monde.  Tu seras quelqu’un.

 

RUBEN

Tu te fous de ma gueule…

CÉDRIC

Mais pas du tout !

Je suis dans une proposition constructive !

Tu voulais un pays : voilà un pays.

Petit, certes.  Mais les frontières seront claires, pour une fois.

 

ANNIE (levant un doigt)

Et surtout, pas de voisins hostiles.

Juste la plante verte.

Elle t’attaquera pas, même si tu construis un mur autour.

 

RUBEN

Arrêtez…

 

CÉDRIC (si content de lui qu’il accélère)

Et on pourra même t’écrire une constitution.

Article 1 : “Ruben a raison.”

Article 2 : “Ruben a encore raison, même quand il a tort.”

Article 3 : “Toute critique est antisémite.” Comme ça tu seras vraiment chez toi.

 

RUBEN

Franchement, allez vous faire foutre 

 

Extrait de l’écriture en cours

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